La clef de la démocratie américaine se trouve donc dans les traits qui distinguent l’Amérique de l’Europe. Chaque individu obéit au «pouvoir social» en ne croyant obéir qu’à lui-même, à lui même en tant que membre de cette masse homogène, ce «conglomérat de semblables» tenu pour la seule source de toute autorité. Il semble donc hésiter entre une détermination essentiellement sociale et une détermination essentiellement politique de la démocratie. Redoutable dans la mesure où le pouvoir social soumet toujours plus complètement l’autre au jugement de la masse : si bien que «la douceur est le baume et le poison des sociétés démocratiques». Il montre dans De la démocratie en Amérique qu’elle n’est pas simplement un désordre conduisant à la dissolution de toute vie sociale saine, contrairement aux préjugés du milieu aristocratique. (II, p 109)La liberté constitue pourtant en même temps le remède à ces maux que l’égalité engendre. La démocratie politique découle directement d’une évolution irrémédiable de l’ensemble de la société et de ses valeurs : c’est un processus historique qu’il nomme « égalisation des conditions ». Tocqueville en fait un trait caractéristique des sociétés. Ainsi seulement paraît surmontée l'alternative entre les deux formes de liberté, la liberté-privilège de l'aristocratie et la liberté-droit commun de la démocratie. =>Forte mobilité sociale. ... La séparation des pouvoirs selon Montesquieu. Que lui reste-t-il à vouloir dans ces conditions? La religion est bien perçue comme une convention protectrice du corps social tout en se présentant comme une religion naturelle…(au contraire en Europe la religion s’est trouvée amalgamée avec l’ordre oppressif ancien. Pour être égaux, les individus sont indépendants et séparés. N’est-ce pas plutôt une «dissociété»? L’Ancien Régime et la Révolution ne sont pas imperméables.Alexis de Tocqueville affirme dans L’Ancien Régime et la Révolution que la Révolution française n’a en réalité fondé un nouvel ordre social qu’en faisant parvenir à maturité ce que les temps antérieurs avaient préparé. Comment fonctionnent les élections présidentielles américaines . Les définitions préalables de la démocratie _____ 39 ... Tocqueville observe ce phénomène avec acuité, définissant un sujet tout en échappant aux disciplines classiques et scolaires. Au contraire les idées générales de bien et de mal ne suscitent pas de véritables passions ni n’appellent le sacrifice de sa personne ; l’honneur qui porte sans doute sur des valeurs plus universelles, perd graduellement de sa force. «Je me suis souvent demandé où est la source de cette passion de la liberté politique qui, dans tous les temps, a fait faire aux hommes les plus grandes choses que l'humanité ait accomplies, dans quels sentiments elle s'enracine et se nourrit".» La réponse est décevante et décisive : «Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement le coeur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c'est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contrainte, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Par l’érosion constante du pouvoir de l’aristocratie ; ce sont d’abord les paysans qui ont cessé d’être les sujets des seigneurs, tout en subissant toujours leur oppression. Cette situation a détruit la «liberté politique», (entendez l’esprit de liberté et de responsabilité) qui garantissait le lien entre groupes sociaux pourtant différents et inégaux. Celle-ci est la source du pouvoir législatif, qui s’exerce par le biais de représentants élus et renouvelés fréquemment. La démocratie a été analysée en Amérique par le français Tocqueville. Elle est à la fois son dehors et sa limite. 26, Paris, Presses de Sciences Po, 2005, 531 p. La revue Tocqueville, depuis 1979, semestriel (1979-1984, 1992-), biannuel (1985-1991), Tocqueville … Ce «pouvoir social» produit donc un affadissement et un appauvrissement de la pensée. De son vivant déjà, et plus encore depuis sa mort, Tocqueville était entouré d’une aura incertaine. L’important est d’avoir une opinion, quelle que soit cette opinion…D’un autre côté, l’homme démocratique est porté au doute puisqu’il ne peut s’incliner devant aucune autorité intellectuelle ou morale. Mais cette convenance ne définit pas un lien nécessaire, parce que, par une autre convenance, naturelle elle aussi mais cette fois heureuse, les hommes démocratiques, qui veulent être indépendants, veulent l'être aussi dans l'ordre politique» Ibid, pp 170-171. Cependant cette idée fausse a produit des effets positifs voire extraordinaires : elle a stimulé les plus grands peuples, et elle a aussi conduit les peuples soumis à voir dans l’obéissance une vertu.Au contraire, la liberté démocratique est une idée juste qui peut avoir de mauvaises conséquences : les hommes libres sont des hommes séparés les uns des autres. Il différencie trois formes d'égalité : l'égalité devant la loi, l'égalité des chances, l'égalité de considération. Définition de la démocratie : régime de liberté et d’impuissance. Les hommes ne sont égaux que pour l’imaginaire démocratique. Nous avons acquis la liberté de devenir. Les commandements religieux y sont la politique de la société. La démocratie suppose les hommes égaux tout en sachant qu’ils ne le sont pas. En cela elle se rapproche du despotisme qui fait de l’indifférence une sorte de vertu publique (car il faut diviser pour régner). Publié en 1835, on trouve dans cet ouvrage des réflexions sur la nature et les dangers d’une démocratie, et une comparaison entre les systèmes politiques des … Pour Tocqueville le risque majeur de la démocratie réside dans le renoncement à la liberté, dont il faut chercher l’origine dans « la passion pour l’égalité » et le repli sur la sphère privée, caractéristiques de la démocratie. Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir... Ne me demandez pas d'analyser ce goût sublime, il faut l'éprouver. Il faut donc écarter et affaiblir tout pouvoir susceptible d’exercer une influence indépendante. Ils sont donc faibles. La religion y est tenue pour utile alors que la question de sa vérité est mise entre parenthèses. En revanche les gouvernements doivent s’employer à la limiter pour l’empêcher de déshumaniser l’homme en proscrivant toute forme résiduelle d’inégalité. Tendance au conformisme, à l’apathie, au délaissement de la sphère publique. On peut retenir trois dimensions de l’« égalisation des conditions » : L’égalisation des conditions et la démocratie entretiennent une relation dialectique dans la mesure où l’essor du sentiment égalitaire est le substrat de la démocratie. Elle affirme l’égalité d’hommes évidemment semblables. (La désignation de représentants par tirage au sort, la consultation des citoyens par référendum et l’autogestion en matière économique constituent des pratiques courantes de … «Il est difficile d’être l’ami de la démocratie ; il est nécessaire d’être l’ami de la démocratie, tel est l’enseignement de Tocqueville».«Il est vrai que la démocratie est en un sens très réel l’ennemie de la grandeur humaine ; mais les ennemis de la démocratie sont des ennemis bien plus dangereux de cette grandeur»«Pour bien aimer la démocratie, il faut l’aimer modérément»Pierre ManentPremier extrait(la liberté politique)Or, d'où vient-elle, cette liberté si nécessaire et si souvent absente? La monarchie fut un instrument de la démocratisation, mais un instrument pervers car elle a dispensé la démocratie de se gouverner.Il existe aux yeux de Tocqueville, une convenance perverse entre démocratie et despotisme politique, parce que la démocratie et le despotisme ont ceci de commun d’être apolitiques ou antipolitiques (le despote concentrant en sa seule personne toute la vie politique de la société qu’il tient entre ses mains. Les sociétés démocratiques ne viennent pas à bout de l’inégalité, mais elles introduisent la mobilité sociale : «il y a encore une classe de valets et une classe de maîtres ; mais ce ne sont pas toujours les mêmes individus, ni les mêmes familles qui les composent ; et il n’y a pas plus de perpétuité dans le commandement que dans l’obéissance» ( II, p 188). Chaque jour, chaque inégalité qui subsiste suscite une impatience plus grande.Le projet de la démocratie est irréalisable, car la nature est productrice d’inégalités ; il est toutefois impossible de revenir en arrière, parce que le projet égalitaire est naturel suivant une idée naturelle de la liberté égale pour tous. Il s’est penché sur l’étude de la démocratie. Dans la réalité, ils ne sont égaux ni en fait, ni en droit. Chacun pense «je suis aussi bon qu’un autre», je n’ai donc pas à me soumettre à l’autorité d’un autre. Ils embarquent au Havre le 2 avril 1831 avec des compagnons de voyage en majorité américains et séjournent près de 10 mois, rembarquant de New York le 20 février 1832. La nature de la démocratie moderne n'est pas politique ; la démocratie est une opinion totale sur les choses humaines, qui a des conséquences bouleversantes sur l'ordre politique lui-même, parce qu'elle attaque ce qui était le présupposé même de toute existence politique, sous quelque régime que ce fût, à savoir les liens de dépendance, les influences individuelles, la hiérarchie des notabilités et des patronages, décor immémorial de la vie politique des hommes. Connecte-toi pour accéder à ton espace ainsi qu’à tes contenus préférés ! L’idéal de la société démocratique finit par mettre en péril la société démocratique. la démocratie comme idéal ou valeur, qui peut s’écarter de la définition théorique Pourtant, les dictionnaires de philosophie admettent unanimement un seul sens à « démocratie ». La liberté politique a donc disparu avant la Révolution française. Seul un tel pouvoir est en mesure de réactiver le lien social. Toutefois, Tocqueville n’analyse pas la démocratie comme un simple renouveau de l’ordre juridique et politique, au sein duquel l’égalité entre les citoyens ne serait que formelle. dans cet extrait, Robert Damien, professeur de philosophie à l'université paris ouest, évoque la façon dont Alexis de Tocqueville rend raison de la démocratie par l'égalité des conditions. Ainsi la société démocratique est régie par le pouvoir central, expression de la souveraineté du peuple.Cependant, tout ceci reste secondaire par rapport au véritable ressort de la démocratie, sa clef de voûte qui est le pouvoir social. En effet, ce qui tenait ensemble les sociétés précédentes et les sociétés autres, c’est une «hiérarchie de patronages». Dans une société qui se veut égalitaire, la conscience des inégalités est très forte. A la limite, le panthéisme, observe Tocqueville, serait de ce point de vue la religion la plus propre à séduire l’âge démocratique.En résumé, pour Tocqueville, l’homme est naturellement religieux, et la religion offre la possibilité pratique de modérer efficacement les passions démocratiques en soumettant cette société, à un dehors, relevant de la pure nature, la nature de l’homme naturellement religieux. tous comme les anciens romains qui avaient bien compris l’utilité politique de la religion. La démocratie politique découle directement d’une évolution irrémédiable de l’ensemble de la société et de ses valeurs : c’est un processus historique qu’il nomme « égalisation des conditions ». Il entre de lui-même dans les grands coeurs que Dieu a préparés pour le recevoir ; il les remplit, il les enflamme. En Amérique, la religion est un instrument entre les mains du pouvoir démocratique.Tocqueville explique la particularité de la religion aux Etats-Unis par ses origines puritaines. Mais pour finir, ce qui définit la démocratie américaine, ce n’est ni la mentalité ni la forme étatique mais «le principe de la souveraineté du peuple répandu dans la société entière» (chapitre 4 et 5 du tome 1). La liberté aristocratique est donc fondée sur une idée fausse : selon cette idée, seuls certains hommes sont faits pour être libres. Pour Tocqueville, la marche vers la démocratie ne peut être entravée et ne doit pas l’être. Les américains ont fermement maintenu la primauté masculine, qui n’est pas, selon lui, en contradiction avec l’égalité fondamentale des deux sexes ; les américains ont pensé que «toute association, pour être efficace, doit avoir un chef, et que le chef naturel de l’association familiale était l’homme» (II, p 220) Les américains ont réussi à concilier l’égalité démocratique et une sage convention héritée des temps aristocratiques.De façon générale, la démocratie américaine révèle une dualité entre ce qui relève de l’instinct (au sens de tendance, de mouvement irrésistible) et ce qui relève de l’intelligence effort pour régler et tempérer la démocratie à l’aide des lois et des moeurs). Lumni utilise votre adresse email afin de vous adresser des newsletters. Le domestique et le maître restent étrangers l’un à l’autre. Alexis de Tocqueville, dont chacun sait qu'il est l'auteur de La Démocratie en Amérique, œuvre publiée entre 1835 et 1840, était membre de l'Académie des sciences morales et politiques et de l'Académie française. Tocqueville, à travers son œuvre De la démocratie en Amérique, remet en question la double stratégie politique adoptée par le système démocratique, une stratégie vacillant entre douceur et violence. 6 chaînes de télévision... Découvrez chaque semaine, les nouveautés éducatives pour apprendre autrement : vidéos explicatives, méthodologie et quiz en ligne. C’est la raison pour laquelle la religion, qui dirige leurs cœurs dans une direction opposée, leur est encore plus nécessaire qu’aux autres hommes. Le pouvoir absolu de tous n’est pas moins avilissant que celui de quelques uns et Tocqueville redoute une nouvelle forme de despotisme que l’usage partiel de nos droits civiques n’interdit pas.Un usage si court de leur libre arbitre (le vote) : «n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au dessous du niveau de l’humanité». En outre cette disposition produit un goût pour les mots abstraits et les idées générales, exprimant le désir de trouver pour toutes choses des règles communes et d’expliquer un ensemble de faits par une seule et unique cause. Même libre, l’homme démocratique doit obéir, ne serait-ce qu’à lui-même! Il la présente au contraire comme le ferment d’une nouvelle société. De sorte que «l’on voit les Américains changer constamment de route de peur de manquer le plus court chemin qui doit les conduire au bonheur».